Le 25 janvier dernier, l'Olympique de Marseille publiait un communiqué pour tenter d'éteindre un début d'incendie. Le club y assurait ne pratiquer « ni boycott ni censure » à l'égard des médias. Deux mois plus tard, la réalité du terrain semble contredire ces déclarations. Les journalistes de La Provence, le quotidien régional phocéen, sont privés de parole en conférence de presse. Une situation que l'Union des Journalistes de Sport en France (UJSF) juge « intolérable » et qu'elle menace désormais de porter devant la justice.
Les relations entre l'Olympique de Marseille et la presse n'ont jamais été un long fleuve tranquille. Mais depuis quelques semaines, le climat s'est nettement dégradé. En cause : une décision prise par la direction marseillaise à l'encontre des journalistes de La Provence, qui ne sont plus autorisés à poser de questions lors des conférences de presse du club.
Un traitement différencié que l'OM justifie officiellement par des « choix stratégiques », mais que les concernés perçoivent comme une sanction déguisée. Mécontent d'articles récemment publiés, le club aurait ainsi mis à exécution des menaces déjà formulées dans un communiqué publié le 25 janvier dernier.
Un communiqué qui avait déjà fait bondir
Dans ce texte, l'OM affirmait ne pratiquer « ni boycott ni censure », tout en se réservant le « droit d'agir par toutes les voies appropriées face à toute mise en cause infondée portant atteinte à son image ou à celle de ses collaborateurs ». Des formulations jugées « étonnantes et inquiétantes » à l'époque par l'UJSF, qui y voyait une menace à peine voilée contre la liberté de la presse.
Vincent Duluc, président de l'UJSF et journaliste à L'Équipe, a pris la parole ce week-end pour dénoncer une situation devenue intenable :
« Les mots ont un sens et, manifestement, la définition de ces termes ne doit pas être la même à La Commanderie que dans le reste de la France, pays où la liberté de la presse est un droit fondamental. Comme nous pouvions le craindre, une étape supplémentaire vient d'être franchie puisque les journalistes de La Provence ont été informés ces derniers jours que la parole ne leur serait plus donnée en conférence de presse. Ils n'ont donc plus l'autorisation de poser des questions aux joueurs et à l'entraîneur de l'Olympique de Marseille. »
Une jurisprudence Bayonne qui pourrait servir d'arme
Pour l'UJSF, l'affaire ne relève plus de la simple querelle de proximité. Elle touche au droit fondamental d'informer le public. Aussi l'organisation rappelle-t-elle qu'une jurisprudence existe déjà, et qu'elle pourrait servir de base à une action en justice.
En mars 2023, le tribunal de Bayonne avait condamné le Biarritz Olympique à verser 5 000 euros de dommages et intérêts à l'UJSF après que le club basque avait interdit à certains journalistes d'assister aux conférences de presse. Le jugement, confirmé en appel en février 2024, avait assorti la décision d'une astreinte de 5 000 euros par infraction constatée.
« L'UJSF, si nécessaire, portera l'affaire en justice pour faire respecter cette jurisprudence », prévient Vincent Duluc.
Un climat délétère qui s'installe
Cette nouvelle passe d'armes entre l'OM et la presse s'inscrit dans un contexte plus large de tensions. Depuis plusieurs mois, le club phocéen, en proie à des difficultés sportives et à une instabilité chronique dans son organigramme, semble avoir choisi la stratégie du repli médiatique.
Reste à savoir si la menace judiciaire de l'UJSF suffira à faire plier la direction marseillaise. Ou si, au contraire, cette affaire, déjà marquée par deux mois d'escalade, connaîtra un nouvel épisode judiciaire. En attendant, les journalistes de La Provence, privés d'accès à la parole des joueurs et de l'entraîneur, continuent de couvrir le club… sans pouvoir poser de questions. Une situation aussi inédite qu'embarrassante pour une institution qui se veut proche de sa ville et de ses supporters.