Zinedine Zidane, légende vivante du football français, a souvent affiché un calme olympien face aux médias. Mais derrière l'image du sage se cache aussi un homme capable de coups de sang mémorables, y compris en dehors des terrains. En 2016, un journaliste du Monde en a fait les frais, au point de recevoir des menaces directes de la part du frère de "Zizou". Retour sur un épisode méconnu mais révélateur.
Il y a des titres qui fâchent. En 2014, Gérard Davet, journaliste d'investigation au Monde, réalise un entretien avec Zinedine Zidane. L'article, publié dans les colonnes du quotidien, s'intitule : « Au Real Madrid, j'ai arrêté la créatine ». Une phrase anodine en apparence, mais qui va déclencher une tempête médiatique et familiale.
La créatine, complément alimentaire utilisé pour améliorer les performances sportives, n'a rien d'illégal. Mais l'évocation de son arrêt par le Ballon d'Or 1998 est interprétée comme une possible accusation déguisée. Dans l'esprit du clan Zidane, le mal est fait : l'image du joueur est écornée.
« Tu as abîmé mon image »
C'est deux ans plus tard, en 2016, que Gérard Davet revient sur cet épisode dans l'émission Envoyé Spécial. Il raconte la colère froide de Zidane, jointe par téléphone peu après la parution de l'article :
« À l'époque, il est à Madrid. C'était déjà un demi-dieu. Il m'avait déclaré, entre différentes phrases, qu'il avait arrêté de prendre de la créatine. On avait titré là-dessus et ça avait déclenché une espèce de folie médiatique, en particulier du côté de chez Zidane. »
Le journaliste se souvient précisément de ce coup de fil. Un déjeuner interrompu, un portable qui sonne, et une voix qui tutoie d'emblée :
« Je reçois un coup de fil sur mon portable. Au téléphone c'est : "Oui bonjour c'est monsieur Zidane". Et là, il me tutoie et me dit : "Tu es content de toi ? Tu as vu ce que tu as fait ? Tu as abîmé mon image". »
La menace du clan
Mais ce n'est que le début. Zidane passe rapidement le relais à son frère, plus vindicatif. Les mots sont cette fois sans ambiguïté :
« Il me passe son frère, qui lui m'insulte et me dit : "Ne mets pas les pieds à Marseille, tu comprendras ce qui se passera ensuite". »
Une menace à peine voilée, qui vise la ville natale de Zidane, celle où sa légende est la plus solidement ancrée. Pour Gérard Davet, le message est clair : sa sécurité pourrait être en jeu s'il s'aventure dans la cité phocéenne.
Des représailles à Clairefontaine
L'affaire ne s'arrête pas là. Dans les mois qui suivent, le journaliste subit plusieurs attaques directes de la part de Zidane, notamment lors de ses déplacements à Clairefontaine, le centre national du football.
« Il m'a pris à partie une fois directement à Clairefontaine en me disant : "Pourquoi tu m'en veux ? Parce que je suis beau, riche et célèbre ? Tu es jaloux ?". Avec ses amis journalistes qui rigolaient derrière », raconte Davet.
Une scène surréaliste, où le champion du monde se mue en procureur, sous le regard amusé de ses confrères. Mais Zidane va plus loin encore, usant de son influence pour isoler le journaliste au sein même de l'enceinte sportive.
« Une autre fois, je me rappelle j'étais en train d'interviewer le docteur des Bleus, Zidane passe par là et dit au médecin : "Lui, tu ne lui parles pas, ça va être déformé". »
L'ombre d'un mythe
Cet épisode, longtemps resté confidentiel, éclaire d'un jour nouveau la personnalité de Zinedine Zidane. Loin du portrait lisse du héros national, il révèle un homme jaloux de son image, capable de mobiliser son entourage pour protéger sa réputation, y compris par l'intimidation.
À l'heure où Zidane s'apprête à prendre les rênes de l'équipe de France, ces vieilles rancœurs resurgissent. Elles rappellent que derrière le mythe, il y a un homme, avec ses failles et ses colères. Et que certains, dans l'ombre, n'ont pas oublié.