Dans les années 90, la Juventus imposait une règle stricte à ses joueurs : pas de football de rue, risque de blessure oblige. Pourtant, comme l'a révélé Zinedine Zidane dans une ancienne interview à So Foot, il lui est arrivé de braver cette interdiction, embarqué par son coéquipier et ami Edgar Davids. Une plongée dans l'intimité de deux légendes.
Avant d'être une idole planétaire, Zinedine Zidane a d'abord été un gamin des quartiers, bercé par le bruit du ballon sur le bitume marseillais. Devenu joueur professionnel, puis star mondiale à la Juventus, le meneur de jeu avait pourtant dû laisser ces terrains improvisés derrière lui. Du moins, officiellement.
Arrivé à Turin en 1996 en provenance des Girondins de Bordeaux, "Zizou" a rapidement découvert un club aux règles strictes, où la préservation du corps des joueurs était érigée en principe absolu. Interdit, donc, de taper le ballon ailleurs que sur les pelouses soigneusement entretenues du centre d'entraînement. Mais c'était sans compter sur l'influence d'un phénomène néerlandais débarqué en janvier 1998 : Edgar Davids.
« Je lui ai dit qu'il était fou »
Dans une interview accordée à So Foot en 2013, Zinedine Zidane est revenu sur ces moments de désobéissance joyeuse. L'ancien numéro 10 raconte comment Davids, réfractaire né, l'a peu à peu entraîné hors des sentiers battus :
« Un jour après l'entraînement, Edgar Davids est venu me voir et m'a dit : "Tu veux venir avec moi jouer un match de rue ?". Je lui ai dit qu'il était fou, d'autant que c'était interdit pour tous les joueurs par le club, afin d'éviter les blessures. Au bout du compte, il m'a convaincu, et j'ai décidé d'aller jouer un match avec lui dans une sorte de parking. J'ai fini par y aller plusieurs fois, et c'est vrai que je portais un chapeau de pêcheur. On jouait contre certains jeunes, ou parfois des migrants, qui étaient venus à Turin… »
L'image est savoureuse : deux des meilleurs joueurs du monde, déguisés en anonymes sous un chapeau, défiant des inconnus sur le bitume d'un parking turinois. Loin du faste des stades et des caméras, Zidane et Davids renouaient avec l'essence même du football.
« C'est pour eux que nous jouons »
Au-delà de l'anecdote, c'est la philosophie d'Edgar Davids qui impressionnait Zidane. Le Néerlandais, reconnaissable entre mille avec ses lunettes et sa crinière rasta, n'avait pas oublié d'où il venait. Et il le rappelait sans cesse à son coéquipier :
« Edgar adorait ça. Il allait jouer très souvent. Il conduisait dans la ville, et quand il voyait quelqu'un jouer dans un parking ou un terrain vague, il s'arrêtait et il allait jouer. Il me disait toujours : "C'est pour eux que nous jouons. Les matchs importants, ce sont ceux-là". »
Des paroles qui résonnent comme une leçon d'humilité. Zidane, d'abord réticent, avoue avoir été marqué par cette approche :
« Je lui disais que nous nous entraînions tous les jours et que nous ne pouvions pas aller jouer avec des jeunes dans la rue. Alors il me disait : "Toi, tu as changé ! Tu ne te rappelles plus de ton quartier et de ce que tu faisais avant". »
Le foot de rue, école de la vie
Une pique qui touche juste. Car c'est bien dans la rue, sur les terrains poussiéreux de La Castellane, que Zidane a forgé sa technique et son amour du jeu. En acceptant de suivre Davids, il renouait avec ses racines, loin des contraintes du football professionnel.
« C'était impressionnant parce qu'on s'amusait, mais c'était fou aussi d'aller, après un entraînement, jouer sur du goudron avec des jeunes. Lui, le faisait très souvent, et avait une très bonne technique », conclut Zidane, avec une pointe d'admiration pour ce coéquipier hors normes.
Cette histoire, aujourd'hui dévoilée, éclaire d'un jour nouveau la relation entre les deux hommes. Elle dit aussi quelque chose de l'époque : un temps où les stars n'étaient pas encore prisonnières d'un protocole sécuritaire étouffant, et pouvaient encore, le soir venu, troquer les maillots floqués pour un simple ballon, un parking et le plaisir partagé de jouer pour jouer.